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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 22:08

« Un siècle d’héritage de Diaghilev » : enthousiaste lors de la conférence de presse du Monaco Dance Forum (MDF), Jean-Christophe Maillot rend hommage aux Ballets russes. Premier acte d’une triple célébration : du 9 décembre au 3 janvier, de nouveaux regards sur leur répertoire. Chaque artiste invité se confronte à une œuvre de la compagnie de Diaghilev et lui insuffle son énergie propre. « Le Sacre du Printemps sera le fil rouge de ce premier acte. Il sera interprété dans sept à huit versions différentes, de la plus classique à la plus contemporaine », explique le directeur artistique. À l’origine, Le Sacre du Printemps est un ballet composé par Stravinski et chorégraphié par Nijinski pour les Ballets russes de Diaghilev. Sa création en 1913, au théâtre des Champs-Elysées à Paris, provoque un scandale. La musique de Stravinsky place le rythme comme élément principal de l’œuvre. L’histoire est violente, spectacle d’un grand rite sacral païen, danse à la mort d’une jeune fille sacrifiée pour le dieu du printemps. Une thématique depuis reprise dans différentes versions.

 

Violence du propos

La compagnie Marie Chouinard racontera par exemple l’évolution de la chorégraphe canadienne au contact des œuvres de Nijinsky. Elle chorégraphie ici pour la première fois avec Stravinsky à partir d’une partition musicale. Le Sacre du Groupe Grenade et de Josette Baïz a pour principal argument la jeunesse des participantes, renforçant la violence du propos. George Momboye, lui, fait renaître Le Sacre dans la peau d’une danse ivoirienne. Xavier Leroy en offrira l’une des versions les plus étonnantes : captivé par les mouvements du chef d’orchestre Simon Rattle, il a entrepris d’étudier cette prestation comme une chorégraphie en soi. Avec la compagnie Ariadone, les chorégraphes Carlotta Ikeda et Ko Murobushi feront émerger une version du Sacre en trois temps forts : Chaos, départ de toute chose, Eros, phase du désir, et Cosmos, chemin vers l’équilibre. Shen Wei, chorégraphe des Jeux de Pékin, crée lui aussi une nouvelle lecture, avec ses recherches sur l’espace et la musicalité. Les Ballets de Monte-Carlo ne dérogent pas à la règle du Sacre : 50 danseurs de la compagnie l’interpréteront en prélude du Fils Prodigue de Balanchine et de Shéhérazade de Maillot. Les créations ne seront donc pas en reste. À suivre notamment performances et ballets, comme celui d’Alonzo King. Enfin, le fil rouge de la relecture d’une œuvre prendra tout son sens lors de ce premier acte lors d’une soirée où Nijinsky, Momboye, Chouinard, Kylian, Malandain et Maillot proposeront leurs Faunes. À ne pas rater !

 

 

Nos coups de cœur

 

Karole Armitage / Armitage Gone ! Dance

Rite of the Spring - Summer of Love

Depuis plus de 30 ans, Karole Armitage, l’enfant terrible de la post-moderne dance des années 80, repousse les frontières du langage classique dans une forme contemporaine mélangeant nouvelle danse, musique et art. Outre des ballets, la chorégraphe punk met en scène plusieurs opéras lyriques et a travaillé avec les icones pop Madonna (Vogue, 1991) et Michael Jackson (In the Closet, 1992). Avec sa compagnie, Armitage Done ! Dance, composée de neuf danseurs, elle se propose de créer un pont entre musique et danse, ainsi que l’avaient fait Nijinsky et Stravinsky dans le Sacre du Printemps. Le lien sera ici celui de la danse d’une Américaine avec la musique africaine. Le son pop sera joué sous la houlette de Lukas Ligeti, fils de Gyorgy Ligeti. Le résultat : un cocktail explosif de pop électronique, de fulgurance gestuelle, de danse débridée, rapide et énergique, le tout saupoudré d’une tendance hippie. Étonnant ! À découvrir salle Garnier, le 15 décembre à 19h.

 

Cherkaoui, De Frutos, Maliphant, Mc Gregor / Sadler’s Wells London

In the Spirit of Diaghilev

Le talent des quatre jeunes chorégraphes est mondialement reconnu. Par bonheur, ils s’allient le temps de deux soirées pour offrir un spectacle de choix lors de cet hommage à Diaghilev. Un véritable « melting art » de qualité ! L’étonnant Russel Maliphant s’inspirera des dessins et peintures de Nijinsky, dont la géométrie reflète les méandres de l’inconscient trouble. L’ancien disciple de José Limon, Wayne Mc Gregor, s’emparera quant à lui du mythe du ballet blanc, figure du romantisme revisitée par les Ballets Russes à travers Dyad 1009, pour l’imprégner de sa teinte charnelle. Le Vénézuélien Javier de Fructos unira pour sa part les livrets et décors de Cocteau aux notes de La Valse de Ravel. Enfin, l’habituel invité des Ballets de Monte-Carlo, Sidi Larbi Cherkaoui, se livrera à une étude minutieuse de la nature animale du mouvement à travers sa vision de L’après midi d’un Faune. Les 16 et 17 décembre à 20h30, Salles des Princes, Grimaldi Forum.

 

Ernest Pignon-Ernest

Extases

L’artiste niçois convie les spectateurs à admirer ses dessins fascinants. Depuis plus de 30 ans, il appose ses images sur les murs des villes. C’est maintenant à l’occasion du Monaco Dance Forum qu’il présente ses représentations du corps. Le lien avec la danse ? La danseuse étoile des Ballets de Monte-Carlo, Bernice Coppieters, a joué à la muse. Pignon-Ernest s’inspire ici de son corps et dévoilera des nus de l’extase féminine. Le lieu d’exposition est longtemps resté indéterminé. À l’origine prévue chapelle de la Visitation, son travail en voisinera d’autres, dans une exposition finalement organisée dans l’espace Ravel du Grimaldi Forum. Ernest Pignon-Ernest peut bousculer les âmes trop sensibles. Cette année, l’artiste s’est ainsi vu refusé une exposition au Centre culturel français et en juin 2009, trois catholiques ont recouvert les sexes d’anges d’une de ses œuvres exposée à Montauban. Mais cette fois, l’artiste reçoit le soutient de la Princesse Caroline. Une issue positive. Du 9 au 20 décembre. Entrée libre, Grimaldi Forum.



 

Goecke, Kylian, Maillot / Les Ballets de Monte-Carlo

Le Spectre de la Rose, Les noces, Silent Cries, Shéhérazade

Les 50 danseurs des Ballets de Monte-Carlo sont mis à contribution pour interpréter les chorégraphies de Goecke, Kylian et Maillot, dans un esprit festif dépoussiérant les œuvres originales. Le Spectre de la Rose sera revisité par le chorégraphe Marco Goecke, qui ébouriffera les repères de l’œuvre originale. Le rôle de la femme sera mis en avant dans le duo. Gestes et placements peaufinés, démonstratif et naturalisme mis de côté. Silent Cries et Notes de Kylian seront également au programme. Silent Cries est un cheminement personnel sur Le prélude à l’après-midi d’un faune, où sera mis en avant le rapport scénique de la danseuse à la vitre. Notes reprendra à la manière du chorégraphe les notes vertigineuses de violence du mariage forcé de Bronislava Nijinska. Enfin, pour une note contemporaine, Maillot présentera sa création Shéhérazade, baignée dans la musique de Rimsky-Kosakov. Du 31 décembre au 3 janvier, salle des  Princes, Grimaldi Forum.


Julie Baquet
L'Observateur de Monaco. Décembre 09

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